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Le 11 mars, de violentes inondations ont frappé plusieurs communes de Mayotte, un an à peine après le cyclone Chido. Derrière la catastrophe, un constat qui se répète : un territoire tropical exposé à tous les aléas naturels, des dispositifs de prévention inexistants ou embryonnaires, et un État qui tarde à doter l’archipel des moyens à la hauteur des risques. Une défaillance structurelle héritée de la logique coloniale.
Dans la nuit et la journée du mercredi 11 mars, les habitantes et habitants de plusieurs communes de Mayotte — dont Trévani, Majicavo et Mamoudzou — ont subi de fortes inondations. Cet événement résulte de précipitations exceptionnelles qui ont entraîné à la fois un débordement des cours d’eau et un ruissellement intense dans des espaces urbains aux sols imperméabilisés. Les médias locaux rapportent la surprise des habitantes et habitants face à la vitesse et à la violence de la montée des eaux.
Les conséquences sont lourdes : de nombreux bâtiments ont été ravagés, des collégiens ont dû être évacués de leur établissement à Kawéni, quartier construit sur les berges d’un cours d’eau et rapidement submergé. Les habitantes et habitants dénoncent la défaillance politique dans la gestion des risques, comme en témoignent les prises de position critiques de médias locaux tels que Mayotte Hebdo ou Gazeti.
Ce nouvel événement, survenu un peu plus d’un an après la catastrophe du cyclone Chido (décembre 2024), illustre une nouvelle fois les écarts criants de prévention et de gestion des risques entre Mayotte et l’Hexagone. Ce deux poids deux mesures colonial fait peser un risque accru sur les habitantes et habitants de ces départements, tout en engendrant des dégâts matériels, des blessés et des morts qui seraient évitables.
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Mayotte est un territoire particulièrement exposé aux risques naturels : incendies, tempêtes, submersion marine, inondations, mouvements de terrain, séismes et tsunamis. Les fortes pluies et les crues sont courantes sous ce climat tropical ; cet événement climatique n’a rien d’exceptionnel. Pourtant, l’urbanisation intense et non planifiée de l’archipel expose directement les habitantes et habitants aux débordements des cours d’eau. En raison de la dynamique démographique du département et d’un accès limité aux infrastructures publiques, l’archipel a connu une croissance urbaine rapide, hors de toute planification. Les habitantes et habitants les plus précaires se retrouvent ainsi relégués dans des espaces particulièrement exposés aux aléas climatiques et géologiques, tels que les lits des rivières.
Le cyclone Chido avait déjà révélé ces vulnérabilités. Ses victimes et ses dégâts n’ont pourtant pas véritablement été pris en compte : l’urbanisme et la gestion de crise n’ont pas été adaptés depuis. Certains habitants n’avaient pas encore réparé les dégâts du cyclone lorsque leur habitation a été de nouveau touchée. Les habitantes et habitants soulignent des défaillances structurelles bien connues : caniveaux sous-dimensionnés et mal entretenus, urbanisation insuffisamment encadrée, habitations parfois construites dans le lit de ravines. L’exposition des populations à ces risques est foncièrement politique. Les catastrophes naturelles deviennent ainsi des révélateurs d’inégalités politiques et territoriales préexistantes.
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La prévention des risques repose sur plusieurs axes complémentaires. Le premier est le développement d’une culture du risque par l’information de la population. Alors que les campagnes de sensibilisation sont courantes dans l’Hexagone, la première campagne sur les pluies et inondations n’a été lancée à Mayotte qu’en janvier dernier — et n’a duré qu’un mois. Ce dispositif est encore trop rare, trop récent et trop limité pour ancrer une prise de conscience et habituer les habitantes et habitants aux réflexes à adopter en cas de crise.
Le second axe est réglementaire : il s’agit de limiter l’exposition aux aléas naturels en encadrant les constructions dans les zones à risque. Dans l’Hexagone, Plans locaux d’urbanisme et Plans de prévention des risques naturels (PPRN) sont largement déployés. À Mayotte, une seule commune en est dotée, alors que les risques couvrent l’ensemble de l’archipel.
Le troisième axe concerne la gestion de crise : organisation de la protection des habitantes et habitants via des Plans d’organisation de la réponse de sécurité civile (ORSEC) et des Plans communaux de sauvegarde (PCS). Ces cadres sont également très lacunaires sur l’archipel : la majorité des PCS sont encore en cours de rédaction. Ce retard dans la mise en place des dispositifs locaux révèle un manque structurel d’accompagnement technique et financier de la part de l’État.
Cette différence de traitement face aux risques entre la France métropolitaine et Mayotte ne relève pas d’un simple retard administratif. Elle s’inscrit dans une organisation territoriale héritée du rapport colonial entre l’État français et ses territoires ultramarins. Dans ces espaces périphériques, les politiques publiques sont conçues depuis l’Hexagone, puis appliquées de manière tardive, partielle ou inadaptée aux réalités locales.
Les efforts nécessaires ne sont pas engagés pour permettre aux Mahoraises et Mahorais de développer leurs propres connaissances techniques des risques sur leur territoire. Cette situation entretient une dépendance économique, technique et institutionnelle envers l’État central, alors même que les réalités socio-économiques et les aléas naturels sont spécifiques à ce territoire. Mayotte, comme l’ensemble des Outre-mer, se trouve ainsi structurellement délaissée.
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La gestion des risques à Mayotte ne peut se limiter à importer des dispositifs administratifs conçus pour la métropole. La vulnérabilité de l’archipel est produite par un rapport colonial se traduisant par le sous-investissement public, une planification territoriale incomplète et une dépendance institutionnelle envers l’État central.
Rompre avec cette logique suppose de reconnaître les spécificités environnementales, sociales et politiques du territoire, et de donner aux acteurs locaux les moyens techniques, financiers et institutionnels de construire leurs propres politiques de prévention. L’objectif : développer une culture et une connaissance mahoraises du risque, plutôt que de continuer à reproduire des schémas métropolitains inadaptés.
Écrit par: Mayottefm
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