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MAYOTTE : Comment ont évolué les coupures depuis près d’une décennie à Mayotte ?

today26 mai 2026 20

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es Mahorais vont devoir se préparer dans les semaines à venir à un nouveau durcissement des tours d’eau, qui va durer jusqu’à la prochaine saison des pluies. L’annonce est intervenue à la suite de la réunion du comité de suivi de la ressource en eau ce mercredi 6 mai, avec le constat que les précipitations n’ont pas permis le remplissage de la retenue collinaire de Dzoumogné, actuellement à 70% de ses capacités. Cette mauvaise nouvelle n’est plus une surprise pour la population, habituée à vivre au rythme des plannings de coupure depuis près d’une décennie.

Le problème est mathématique, mais l’équation complexe : les infrastructures ne produisent pas assez d’eau pour alimenter l’ensemble du territoire. Pour les autorités, c’est une forme de course contre la montre ces dernières années, entre les chantiers pour augmenter la production et une consommation en constante augmentation, liée notamment à la croissance démographique

À cela s’ajoute la variable de la sécheresse : le réseau est alimenté par le captage des eaux de surfaces, les rivières et les retenues collinaires, par les forages et enfin, dans une moindre mesure, par l’usine de dessalement de Petite-Terre. Les retenues se remplissent durant la saison des pluies et permettent de tenir durant la saison sèche, quand les rivières se tarissent. À cela s’ajoutent d’autres paramètres comme des infrastructures de stockage sous-dimensionnées, des casses fréquentes du réseau de canalisation ou encore l’enjeu de la pression pour alimenter une urbanisation croissante.

2016, au commencement, la galère du centre et du sud

L’arrivée des tours d’eau a été annoncée le 15 décembre 2016. La saison des pluies tardait à arriver, la retenue collinaire de Combani n’était plus qu’à 20% de ses capacités. Afin d’éviter son assèchement complet, des coupures d’eau sont annoncées pour 8 communes du centre et du sud, Bandrélé, Bouéni, Chiconi, Chirongui, Dembéni, Kani-Kéli, Ouangani et Sada. Les habitants alterneront entre 26h de coupure et 22h de distribution, de 10h jusqu’à 8h le lendemain. 33 rampes d’eau sont installées dans les villages, l’instruction est donnée de faire bouillir l’eau avant de la consommer au moment de la remise en service.

Cette situation sera de courte durée : ces tours d’eau ne permettent pas de faire les économies escomptées, les habitants finissent même par surconsommer en faisant des réserves, selon les explications du directeur de la SMAE à Mayotte Hebdo. Décision est alors prise de renforcer la mesure, passant à un jour de distribution sur trois. La mesure sera finalement allégée à un jour sur trois en février 2017 avant d’être levée en avril 2017, avant le début du ramadan.

2020, les coupures annuelles s’installent dans le paysage

Si les années suivantes sont marquées par des coupures temporaires pour des raisons ponctuelles, le système des tours d’eau fini par faire son retour en septembre 2020, à raison d’une nuit sans eau (de 16h à 8h) par semaine, mesure qui concerne cette fois l’intégralité du territoire. Là aussi, ce n’est pas assez alors que les retenues tardent à se remplir, les tours d’eau passent le 25 octobre à 24h de coupure par semaine, jusqu’au 21 janvier 2021. Si la saison sèche se passe sans accroc, les tours d’eau font leur retour fin septembre, comme un début de systématisme. D’une nuit de coupure par semaine, de 17h à 7h, le territoire passe à partir de novembre à deux nuits par semaine, jusqu’au 21 mars 2022, à la fin de la saison des pluies.

Bis repetita à la fin de l’année, à partir de novembre, c’est le retour des plannings, mais il s’agit dans un premier temps d’une coupure nocturne ne touchant qu’une partie du territoire, notamment Mamoudzou, Koungou, la Petite-Terre, M’tsamboro et une partie de Tsingoni. Le mois suivant, cette mesure est étendue à deux nuits par semaine pour les 17 communes, jusqu’au prochain avis du comité de suivi de la ressource en eau. Si cette saison des pluies est la plus sèche depuis 1997, les Mahorais ne se doutent pas alors qu’ils ne sortiront plus du système des tours d’eau.

2023, les tours d’eau permanents

Les durcissements s’enchaînent durant l’année : une troisième nuit de coupure est instaurée en mai, puis une quatrième en juin. C’est en juillet 2023 que se met d’ailleurs en place la répartition des tours d’eau par secteur, et non plus par commune. Des distinctions demeurent comme à Mamoudzou, Koungou et en Petite-Terre, où l’eau est coupée toutes les nuits, de 16h à 8h. Sur le reste du territoire, les coupures nocturnes sont remplacées par des tours d’eau de 24h, trois fois par semaine. Une manière pour l’État d’éviter que les retenues collinaires ne se retrouvent à sec, celle de Combani étant remplie à 41% et celle de Dzoumognée à 22%.

Si selon la préfecture, ces mesures ont permis de réduire la consommation d’un quart depuis le début de l’année 2023, la situation devient critique en septembre. Pour la première fois depuis 2016, le ratio s’inverse, les habitants trouvent bien plus souvent leur robinet à sec que l’inverse. L’eau ne sera distribuée qu’un jour sur trois, dans un premier temps durant une période de 24h, puis durant 18h, à partir d’octobre. La crise de l’eau devient alors un sujet de premier plan : marqué par une série d’annonces et de mesures, comme les distributions de bouteilles d’eau à la population.

La situation s’améliore progressivement avec le retour tant attendu des pluies. A partir de janvier, l’eau n’est coupée qu’un jour sur deux, puis un jour sur trois à partir du 19 févier 2024. A la fin de l’année, le cycle se reproduit, les périodes de coupures sont élargies de 26h à 30h. Ce détail paraît anecdotique désormais, puisqu’un mois plus tard, le territoire est dévasté par le passage du cyclone Chido, perturbant notamment durant près d’un mois et demi la distribution d’eau potable. En janvier 2025, le réseau est rétabli avec les tours d’eau que nous connaissons actuellement : une alternance entre 36 heures de distribution et 36h de coupures.

Reste désormais à savoir quelles seront les modalités des nouveaux tours d’eau qui seront annoncés dans les prochaines semaines. Cette situation devrait en tout cas perdurer : avec les campagnes de forage et la mise en service de l’usine de dessalement d’Ironi-Bé, l’État espère supprimer définitivement les tours d’eau d’ici fin 2027.

Écrit par: Mayottefm

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