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MAYOTTE : Debaa des femmes de Mayotte

today12 septembre 2025 4

Arrière-plan
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Elles sont treize femmes sur la scène, de 20 à 80 ans, les unes parfaitement alignées, accolées, le buste légèrement en arrière, drapées du bleu vif et du gris pâle de leur salouva, la tenue traditionnelle des femmes mahoraises. Les autres sont assises, munies d’un tambourin. D’un geste d’une grâce et d’une modestie infinies, leurs mains miment une vague, leurs bras, le souffle du vent marin tandis que les percussions marquent la pulsation, l’élèvent vers le ciel pour accompagner leurs voix. En arrière-plan de ce tableau d’une grande douceur, la luxuriance du jardin Jnan Sbil, à Fès (Maroc). Le vert profond des palmiers y rivalise avec le rose intense des bougainvilliers, quelques cigognes survolent le décor encore printanier de ce mois de mai.

Depuis la veille, la ville vit au rythme du Festival des musiques sacrées du monde. Une institution créée en 1994, où se sont déjà produits Joan Baez, Björk ou Jordi Savall dans le sublime cadre de la place Bab Makina. L’œcuménisme y est permanent, et le soufisme, voie mystique de l’islam, était au cœur de cette 28ᵉ édition qui s’est déroulée du 16 au 24 mai derniers. Et particulièrement ses rituels pratiqués dans l’océan Indien, d’Oman à Mayotte. Un thème repris à l’occasion de « L’esprit soufi », trois soirées à la Philharmonie de Paris, du 12 au 14 septembre 2025, dont le programme, conçu par Alain Weber, est directement en lien avec le festival de Fès. Vendredi, l’association Toyaria des femmes de Mtsangadoua donnera à Paris le rituel debaa présenté à Fès.

Danse réservée aux femmes

On parle peu des traditions musicales et spirituelles de ce département français, majoritairement musulman, où le debaa fait partie de la vie quotidienne et rythme les mariages, les départs et retours du pèlerinage à La Mecque, ou la fin du ramadan. « Est-ce un rituel ou un chant et une danse traditionnelle de Mayotte ? Les avis sont et restent partagés », explique Oumi Aymane Fanayna Ousseni, 24 ans, l’une des imams (guide) de l’association. « Son univers, quand même, est très spirituel, surtout quand on le pratique passionnément. »

Elle est tombée dedans à sa naissance, ou presque. Initiée à cette danse réservée aux femmes par sa mère, elle-même initiée par sa grand-mère qui préside aujourd’hui encore l’association de danseuses. La troupe a vu le jour dans les années 1970 à l’occasion d’un reportage de la chaîne de télévision FR3 (l’ancien nom de France 3) qui passait dans tous les villages de Mayotte filmer les cultures traditionnelles. « Le village n’avait pas de groupe de debaa. Ma grand-mère, qui l’avait appris à l’école coranique, l’a donc créé pour l’occasion. » Depuis, le village en compte trois. L’île, près de quatre cents, signe de la vivacité de ce rituel ouvert à toutes, que l’on soit croyante ou non, et qui n’a cessé de se développer depuis les années 1930. C’est à ce moment-là que les femmes, en accédant aux écoles coraniques, ont pu développer le pendant féminin du mulidi, rituel masculin, lui.

Sourire sans cesse

Il faut des années de pratique pour saisir toutes les subtilités du debaa. Apprendre les chants, en arabe principalement, parfois en kibushi, issu du malgache, ou en shimaoré, issu du maoré, les deux dialectes de Mayotte. Les paroles, psalmodiées, qui alternent louanges à Dieu et récits de la vie du prophète et de ses compagnons. Connaître les gestes parfaitement synchronisés qui font la beauté de la danse, l’unité du chant choral qui évolue selon les désirs des meneuses.

Deux sont aux percussions, alternant pulsation continue et discontinue, que vient enrichir un tambour avec des cymbales. La troisième fait office de chef d’orchestre, guidant la ligne des danseuses-chanteuses, la « dahala », de ses instructions afin d’accompagner au mieux les échappées de la chanteuse soliste. « Elle nous indique les prochains gestes. On va aller à gauche, répéter trois fois le geste, lever les bras. » Une seule indication ne change jamais, précise notre interlocutrice : sourire, tout au long du rituel, afin de ne surtout pas montrer la tension permanente des corps soudés qui, le rituel avançant, ne font alors plus qu’un.

Écrit par: Mayottefm

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