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MAYOTTE : Île sous domination

today29 avril 2026 2

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Ce lundi 27 avril à Bordeaux, plus de 200 personnes étaient présentes à la projection du documentaire « Mayotte : île sous domination », réalisé par le Collectif d’Action Judiciaire. Une soirée suivie d’échanges qui ont posé les bases de la nécessité de construire la lutte anti-impérialiste à construire aussi depuis l’hexagone.La queue allait jusqu’au café de l’autre côté de la place Camille Jullian, ce lundi soir. Au point qu’avec l’équipe du cinéma Utopia, on a dû refouler certains, venus voir le film « Mayotte : île sous domination ». Un succès pour la diffusion qui confirme l’engouement généré par le film lors de l’avant-première à Paris ainsi qu’à Toulouse. Réalisé par le Collectif d’Action Judiciaire, le film raconte l’histoire de la gestion catastrophique par l’État français du cyclone Chido et de ses graves conséquences sur l’île de Mayotte. En présence d’une des réalisatrices, Pauline Le Liard, venue pour l’occasion, le débat après le film a permis d’échanger avec la salle sur l’actualité des processus d’exceptions juridiques dans les colonies françaises, et le caractère colonial de la gestion de la catastrophe

Une immersion au cœur de la répression coloniale

Tourné au lendemain du passage dévastateur du cyclone Chido, ce film est réalisé par des juristes du CAJ ayant travaillé au Centre de Rétention Administrative de Pamandzi et retournées sur l’île afin de recueillir les témoignages des habitants et documenter leur colère, leur résistance quotidienne, loin du récit officiel imposé par les autorités.

L’œuvre lève ainsi le voile sur l’extrême brutalité de la gestion coloniale de l’île par l’Etat français. À travers les récits de ses protagonistes, dont la majorité a fait le choix de témoigner à visage couvert par crainte des représailles policières et administratives, le film dénonce une politique de terreur. Il expose le harcèlement quotidien mené par les forces de l’ordre, les destructions arbitraires de logements de fortune, et la réalité terrifiante du CRA de Pamandzi qui expulse plus de 20 000 personnes chaque année. Le documentaire pointe tout particulièrement la gestion coloniale et meurtrière de la catastrophe climatique liée au cyclone : alors que les habitants manquaient d’eau et que les habitations étaient ravagées, l’État a préféré empêcher l’arrivée d’aide matérielle voisine et militariser l’île en déployant massivement l’armée et la police pour maintenir l’ordre.

Le droit comme outil de domination impérialiste

Après la projection, le documentaire a laissé place à une riche discussion dénonçant la politique coloniale de l’État et démontrant l’urgence de forger une riposte résolument anti-impérialiste et antimilitariste. Mélina, militante au CAJ, souligne à quel point l’acharnement répressif contre les populations comoriennes est en réalité le fonctionnement normal des institutions de la Ve République : « le documentaire illustre la mise à nue de l’État de droit et pose réellement cette question du droit qui est en réalité un outil qui n’est pas neutre, mais qui sert une justice de classe, une justice raciste pour maintenir les intérêts de l’impérialisme français. »

Un docteur en géopolitique originaire des Comores a également pris la parole pour saluer les révélations du film. Il a fustigé l’attitude de l’État qui s’accroche à l’île comme à une colonie inavouable, dans un contexte de crise de l’impérialisme français continuant à voir Mayotte “comme un morceau de viande en quelque sorte qui ne s’avale pas mais qui ne se crache pas”.

Mayotte : laboratoire répressif pour l’Hexagone

Présente lors de la projection, Pauline le Liard, juriste militante au CAJ et co-réalisatrice du film a rappelé l’objectif du film de « dénoncer le rôle de l’impérialisme français à la fois dans la région de l’Océan Indien comme on l’a vu, mais aussi de manière plus générale le rôle de l’impérialisme à l’échelle internationale » insistant sur son rôle de laboratoire répressif : « c’est la pointe avancée de la répression, c’est la pointe avancée de toutes les politiques sécuritaires et racistes qui sont menées, testées historiquement dans les périphéries coloniales […] pour ensuite être appliquées ici en hexagone contre les quartiers populaires, contre la population immigrée. »

Obaïda, étudiant en sciences et militant à Révolution Permanente, a tenu à dénoncer le rôle de l’industrie française à ce titre : “des entreprises qui collaborent avec l’Université de Bordeaux comme par exemple Airbus ou Thalès ont développé des systèmes de surveillance maritime qui permettent de traquer et harponner des bateaux à l’aide d’engins énormes”. Ces technologies de pointe financées par l’État sont utilisées pour organiser des traques impitoyables et “à mater ces personnes qui essaient d’échapper aux conditions de vie déplorables que l’impérialisme français leur a imposé”.

Si l’échange a permis de discuter autour du contexte international de polarisations géopolitiques et agressions impérialistes, c’est aussi autour des perspectives que s’est conclue la discussion. « Le génocide en Palestine qu’on voit sous nos yeux, et avec lui les offensives coloniales qui se multiplient au Liban et au Moyen Orient, montrent qu’il y a une nécessité à refonder une tradition anti-impérialiste » explique Fekam M’Bow, militante à Révolution Permanente à Bordeaux, depuis la tribune. « Depuis la France, un état impérialiste qui sévit autant à l’extérieur, comme dans une de ses colonies tel qu’à Mayotte, mais aussi à l’intérieur de l’hexagone, dans les quartiers populaires, il faut une ligne antiraciste et anti-impérialiste claire : contre le racisme d’état et la répression, il faut s’organiser. »

Écrit par: Mayottefm

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